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El Sofa - Episode 1 - Marta Guemes - Ocean Peak


À travers El Sofa, Bloomr interroge chaque mois une personne qui a choisi de s’engager, à sa manière, pour construire une société plus juste et plus durable. À travers cette interview d’une vingtaine de minutes, nous souhaitons partager son parcours de vie et ses engagements afin de nous inspirer et de nous pousser à agir à notre échelle.





Pour ce premier épisode de El Sofa, nous vous présentons Maria Guemes, navigatrice professionnelle et directrice de l’association Ocean Peak (soutenue par Bloomr dans le cadre de 1% for the Planet).



Qui es-tu ?


En quelques mots, je suis espagnole et je suis venue faire mes études d’ingénierie en France. Ça fait maintenant 20 ans que j’y habite. J’ai découvert sur le tard la voile et ça a été un véritable changement de cap pour moi. Rapidement, j’ai fait en sorte de combiner mon travail d’ingénieure avec l’apprentissage de la voile. Mais petit à petit, la voile m’a pris de plus en plus de temps et d’énergie. De fil en aiguille, j’ai donc fait quelques compétitions puis des expéditions polaires.


J’ai ensuite créé une association : Ocean Peak qui a pour objectif d’œuvrer pour l’insertion des jeunes en grande difficulté, envoyés par l’aide sociale à l’enfance. On les embarque deux semaines dans des aventures en mer et en montagne. Nous sommes convaincus que ça apporte énormément au niveau pédagogique et éducatif et que cela représente beaucoup pour ces jeunes qui ont perdu un peu le sens de la vie.



Comment est né ton engagement ?


Je pense que les problématiques sociales et les injustices m’ont toujours questionnée. J’essaie de m’engager au quotidien à mon échelle.


Dans mon travail d’ingénieure, j’ai déjà choisi de travailler dans l’environnement et dans des pays en voie de développement. Ça a orienté mon choix d’activité professionnelle.


Aujourd’hui, je dirai que mon plus gros engagement c’est Ocean Peak. J’ai eu la chance de découvrir le milieu de la protection de l’enfance par des collègues qui y avaient travaillé.  C’est un milieu dans lequel il y a énormément de choses à faire et qui est passionnant. On peut échanger avec des adolescents qui ont encore beaucoup de choix à faire et pour lesquels tout est encore possible. Mais ils ont eu des parcours de vie tellement complexes qu’ils perdent certains repères. Quand j’ai découvert ce combat-là, je me suis dit qu’il y avait vraiment moyen d’aider ou, tout du moins, d’essayer de mettre une petite pierre à l’édifice pour que ces jeunes arrivent à trouver un chemin.


Il y a évidemment d’autres causes qui me tiennent à cœur. Par exemple, j’ai fait des expéditions mer / montagne exclusivement féminines. C’est aussi lié à mon parcours. Je suis une femme et je n’ai fait que des activités très dominées par le genre masculin, que ce soient les études d’ingénieur ou la navigation en solitaire. Donc, effectivement, on m’a toujours posé la question de qu’est-ce que ça faisait d’être une femme dans ces milieux ? À un moment, je me suis moi-même posée la question de pourquoi il n’y en avait pas plus ? J’ai aussi voulu montrer que, quand je me réveille le matin, je ne me dis pas “je suis une femme et je fais des expéditions”. Je me dis “je veux faire des expéditions et je veux faire de la voile”. Le genre dans ce type d’activité n’a aucun impact.



Comment la nature peut être salvatrice pour ces jeunes ?


Le premier élément réparateur de la nature, c'est sa beauté. Pour des personnes qui sont en souffrance, qui ont vécu des choses très difficiles, le fait de voir de belles choses, ça calme, ça ressource. Un lever et un coucher de soleil, une nuit sous les étoiles, c’est extrêmement réparateur.


Un deuxième point, c'est que la nature, on ne peut pas la contrôler, on la subit. Cela nous enlève ce sentiment de toute puissance. Aujourd’hui, nous avons l’impression de tout pouvoir maîtriser. Quand nous sommes en mer et soumis aux éléments, ça nous remet en place, surtout quand nous sommes au large et qu’on a plus le choix d’arriver dans un port pour être au calme. Je trouve ça très important dans la construction d’un être humain et particulièrement d’un adolescent.

Toutes les activités que nous faisons avec l’association, que ce soit en mer ou en montagne, sont intimement liées à la nature et prennent place dans les milieux naturels très isolés. C’est là que l’on se rend compte qu’il faut préserver cet environnement très sauvage dans lequel il faut aller avec parcimonie.



Est-ce que tu peux nous partager une anecdote touchante que tu as vécue ?


Les jeunes que nous embarquons ont des parcours de vie très complexes. L'objectif, c'est que ces 15 jours leur permettent de rebondir, de vivre d’autres expériences.


Sur le dernier séjour, nous naviguions avec des conditions très agréables : un beau soleil, la mer plate, du vent, le bateau qui file. Un des jeunes était à la barre. C’était un moment de calme, les autres étaient à l’intérieur, ils lisaient. Il y avait peu de gens sur le pont et c’était le moment du coucher de soleil.


Le jeune n’a pas pu contrôler son émotion et il a beaucoup pleuré. Il n’y avait pas de raison particulière, à part peut-être une prise de conscience, comme il m’a dit plus tard, sur le fait que la vie peut être belle et qu’il avait encore le choix de vivre de beaux moments. Rien que de lui donner ça, c'est génial.


C'est un petit point de gagner, de les conforter dans l’idée qu’ils ne sont pas nés pour souffrir. C’est compliqué, car ils ont des environnements très complexes, mais ils peuvent avoir de bons moments dans leur vie et faire des choix pour que ces moments soient prédominants.



Quelles sont tes valeurs et comment penses-tu qu’elles ont influencé ton engagement ?


Les deux valeurs qui sont très fortes chez moi et qui ont toujours été là, c'est la justice et la solidarité. J'ai toujours très mal vécu les inégalités. Le fait qu’en fonction de la chance que nous avons eue à la naissance, notre vie n’est pas la même. Je trouve ça extrêmement injuste. Je pense que c’est ça qui a toujours orienté mes engagements, si l’on peut utiliser ce terme.


Puis, ce sont surtout des choix, des sensibilités. J’ai beaucoup travaillé sur le traitement de l’eau ou les stations d’épuration dans des pays en voie de développement. J’ai donc été rapidement confrontée à des niveaux de vie différents, à la misère, etc. C’est quelque chose qui continue de me choquer au quotidien.


Et lorsqu’on parle d’injustice ou de solidarité, c’est pareil pour la cause féministe. Ce n’est pas parce qu’on est une femme que nous n’avons pas le droit ou l’accès à certaines activités. C’est également une forme d’injustice, nous n’avons rien choisi.



Qu’est-ce qui te rend confiante dans l’avenir ?


Ce sont les mêmes jeunes que je côtoie et qui parfois me font me questionner sur la société. Malgré cela, ils ont quand même une joie de vivre, une force, des envies et des valeurs qui évoluent. Ce ne sont pas les mêmes que quand j’étais jeune et ce ne sont pas les mêmes préoccupations qui les animent. Donc, je me dis qu’il y a une chance que certaines choses changent. C’est l’humain qui me donne confiance en l’avenir.



Pour toi, c’est quoi le sens de notre vie sur terre ?


Je ne dirai pas qu’il faut avoir un sens dans sa vie. Je trouve qu’il faut se détacher de cette idée de “trouver un sens à sa propre vie”, car cela peut créer beaucoup d’angoisse. Être là, être heureux et faire un petit pas au quotidien avec les gens autour de soi, c'est déjà ça de vivre.


Le concept de “réussite” m’exaspère au plus haut point. Ça crée des individus frustrés qui n’arrivent pas avancer ou tout simplement à vivre heureux, car ils se posent la question de leur utilité. C’est terrible de se mettre autant de pression alors que de vivre avec des belles valeurs, d’être solidaire et d’être aidant, c'est déjà génial. C’est pour ça que je ne suis pas sûre qu’il y ait quelque chose de défini pour nous. Nous sommes juste là, autant passer le meilleur temps possible.


Un grand merci à Marta pour avoir inauguré ce premier épisode d'El Sofa ! Une belle leçon de simplicité et d’optimisme !


Si vous souhaitez continuer à être inspiré.e par d’autres personnes engagées et passer le pas à votre tour, suivez-nous sur El Sofa.

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